Il est de ceux qui suivent de près la vie du sport camerounais depuis plus d’un demi-siècle. Le journaliste Germain Koumyo Ekwé a vécu et raconté les exploits des sportifs camerounais à travers les décennies. Le décès de Jean Manga Onguéné donne à l’ancien du Messager, Football Elite, Global Football, l’occasion de revenir sur le parcours du prolifique buteur. Témoignage.
« 𝐎𝐝𝐞 𝐚̀ 𝐉𝐞𝐚𝐧 𝐌𝐚𝐧𝐠𝐚 𝐎𝐧𝐠𝐮𝐞𝐧𝐞, 𝐣𝐚𝐝𝐢𝐬 𝐁𝐞𝐥𝐢𝐛𝐢
Par Germain Koumyo Ekwe
C’est parmi nous, sous nos propres yeux qu’il débute sa carrière de footballeur. Oui, parmi nous et sous nos propres yeux. Comme nous il est Saint Michelois, c’est à dire qu’il fréquente en même temps que nous, au collège Saint Michel, établissement d’enseignement secondaire confessionnel fondé et dirigé par des missionnaires catholiques canadiens du Sacré Cœur. C’est en 1964
A première vue, sa frêle silhouette d’échassier ne le prédisposait vraisemblablement pas à être un joueur de football. Pourtant il suffisait de l’observer dans nos parties de football interclasses, au cours de la récréation sur le grand stade du collège, pour se raviser. Ses déboulées irrésistibles balle au pied, l’adresse inouïe de sa tête sur les centre-tirs étaient une certitude, un gage que Belibi (c’était son nom), devenue par la force des choses Jean Manga Onguene était un footballeur d’une espèce rare. Et il nous expliquera le manège d’être passé de Belibi à Jean Manga Onguene. Tout simplement que le fait est propre dans les us et coutumes du terroir.
Belibi alias Manga Onguene donc était ainsi devenu un joueur essentiel dans l’équipe du collège qui allait compétir dans le championnat inter scolaire (OSSUC) où il brillait de mille feux.
A l’époque, les meilleurs joueurs des sports scolaires (OSSUC) évoluaient aussi dans des clubs civils comme Dragon, Dynamic, Oryx, Caïman, Léopard, Tigre et autres. Et Manga Onguene qui voulait bien évoluer au haut niveau, part au stade Akwa où s’entraîne le Caïman. Il est malheureusement éconduit parce qu’on le trouve très frêle pour un footballeur d’élite. Sa déception est grande, mais il ne se décourage pas pour autant.
Lorsqu’il part de Douala pour Yaoundé, il prend ses quartiers à Mvog-Ada, fief du TKC où il désire évoluer. Il ne trouvera pas grâce aux yeux des dirigeants de l’équipe de Mvog-Ada qui l’éconduisent aussi tout simplement. Le TKC, sans le savoir sans doute, signait là son chemin de croix. Alors que le Canon lui ouvre plutôt grandement ses portes, Jean Manga Onguene se jure secrètement de montrer de toutes les couleurs au TKC, le frère ennemi, toutes les fois que celui-ci se trouvera sur sa route.
Une journée de championnat programme à Douala la rencontre Canon-Caïman au stade mythique d’Akwa (désormais stade Mbappe Lepé). Les Saint Michelois veulent voir leur ancien camarade désormais sous les couleurs de Canon, et prennent d’assaut le stade. Jean Manga Onguene figure bel et bien dans les 11 entrants. Ovations. Le kpa-kum ne fait pas de détails avec son adversaire. Le Ngando est pulvérisé 7-1, cinq buts, comme à la parade, de Manga Onguene dont 3 de la tête. Une légende était née. Désormais le nom de Jean Manga Onguene se confondait presque avec celui de Canon. Ce nom était devenu aussi incontournable à l’équipe nationale où il était devenu un joueur phare et déterminant. Malheureusement, ses multiples accidents de jeu le privent de la coupe du monde Espagne 82.
Mais Jean Manga Onguene qu’on désignait aussi par Domingo, ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Les services rendus au football camerounais lui offriront l’opportunité d’un stage de formation d’entraîneur de haut niveau en Hexagone, dans le site mythique de Clairefontaine. Lorsqu’il revient avec son diplôme, il se voit confier le banc de touche de Canon qu’il rajeunit à 50%, puis des Lions juniors qui remportent la CAN 95 au Nigeria, et par la suite l’équipe fanion avec laquelle il fit des résultats plus que probants. Et cerise sur le gâteau, il se voit confier le projet goal de la FIFA dans la sous-région d’Afrique Centrale avec couverture sur 13 pays.
N’oublions surtout pas qu’il était du staff technique des Lions Indomptables qui ont écrit en lettres d’or l’histoire du foot camerounais et africain à la coupe du monde de 90 en Italie en atteignant les quarts de finale.
A cause de son aura au niveau national et continental, en 2001, Il est choisi par la FIFA et nommé directeur de son bureau de développement pour l’Afrique centrale basé à Yaoundé. Dès lors, il tire un trait sur la sélection nationale, puisqu’il va désormais assurer le développement des infrastructures et politiques sportives d’une dizaine de pays africains. En 2010, il est débauché par l’État Camerounais pour prendre en charge la direction technique nationale du Football. Ce sera son dernier poste dans le football.
Il venait à peine de fêter ses 80 ans avec plein d’amis, d’ancien coéquipiers de Canon et des Lions Indomptables, que nous apprenons qu’il nous a quitté, vaincu par une maladie à laquelle il avait résisté des années durant.
Huit décennies donc de vie bien pleine. Rest in peace, Tête d’or. »
𝑷𝒐𝒖𝒓 𝒎𝒆́𝒎𝒐𝒊𝒓𝒆, 𝒔𝒐𝒏 𝒑𝒂𝒍𝒎𝒂𝒓𝒆̀𝒔
- Élu Ballon d’or africain (meilleur joueur africain) en 1980
- Vainqueur de la Ligue des champions de la CAF en 1971, 1978 et 1980
- Vainqueur de la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe en 1979
- Champion du Cameroun en 1970, 1974, 1977, 1979, 1980 et 1982
- Vainqueur de la Coupe du Cameroun en 1967, 1973, 1975, 1976, 1977 et 1978
- Meilleur buteur du championnat camerounais en 1970 et 1976 .
- Vainqueur des jeux d’Afrique centrale de Libreville en 1976 avec l’équipe nationale du Cameroun.
- Meilleur buteur des jeux d’Afrique centrale de Libreville en 1976.
𝗚𝗲𝗿𝗺𝗮𝗶𝗻 𝗞𝗼𝘂𝗺𝘆𝗼 𝗘𝗸𝘄𝗲


